TCHAD | Le remaniement de verrouillage des élections et de succession

567 lectures

TOL presse du mardi 22 octobre 2013–Publié le : 22 octobre à 01 h 12 min
DEBY FAMILLE ET POUVOIR---21-10-2013 20-30-58
Deby vient de remanier ce jour 17 Octobre 2013 le gouvernement, encore sous la bannière du PM Joseph Dadnadji. Sous un régime caractérisé par un système de gestion informelle de l’administration, le remaniement est toujours sans objet. Mais une fois n’est pas coutume, le présent remaniement marque des signes annonciateurs et met en exergue toutes les intentions prochaines du dictateur. En lisant entre les lignes on décèle quelques faits marquants   

1ère remarque anodine de prime abord mais caractéristique du système : Un gouvernement pléthorique de 41ministres dont 30% des entrants étaient des sortants très récents et quelques-uns d’entre eux étaient  connus pour leur cupidité sans vergogne , et d’autres pour leur carence intellectuelle notoire ; tout ceci démontre à merveille qu’on renvoie un ministre par un coup de tête comme un malpropre, ensuite on s’aperçoit qu’il ferait mieux que son remplaçant, alors on le rappelle comme rien ne s’était passé.

La 2ème remarque concerne l’arrivée en force du groupe B.E.T en quantité et en qualité, au moins un tiers du gouvernement, et ce, au détriment du groupe Béri plus particulièrement les Kobés représentés par un biltinois qui occupe pour sa part la queue du peloton et les Borogats qui se retrouvent pratiquement hors du ring !  Le pléthore des ressortissants du BET peut il contenir les préparatifs militaires des opposants au Nord?  Rien n’est moins sûr, si telle est la raison de cette arrivée massive des BET au Gouvernement.

3ème remarque : par un effet d’entrainement collatéral, le groupe GERDES fait une entrée remarquée. Tous y sont : Dadnadji, Yokabdjim, Houdeingar, Nagoum et Faki, sauf deux manquent à l’appel un disparu (feu Pascal yodamnadji) et Mangaral qui est juste près de la porte d’entrée. On verra plus loin le rôle qui leur sera assigné.

Quelle explication plausible faudrait-il donner à ce mouvement incessant des va-et-vient ?

IL y a d’abord les partants (ou décalés) pour incompétence professionnelle criarde  et comportement qui ne sied pas à leur fonction: Atteib Doutoum, Hassan Tchonay, Dr Adoum Goudja, Hassan Soukaya, etc.   Ceux-là, ils ne se sont jamais adaptés à leur titre de Ministre de la République, même dans un système aussi banal et incongru que celui de Deby, il y a quand même le minimum de comportement et de savoir-faire, malheureusement ces ex se sont comportés dans leur ministère respectif en gros bébé : en sus de leur incompétence professionnelle, ils passeraient leur temps aux bavardages à tout vent, aux mensonges éhontés, aux altercations avec des collaborateurs et aux critiques de leurs collègues voire même de leur patron, le PM.

Ensuite les entrants : le plus significatif est l’entrée de Daoussa Deby Itno au gouvernement présidé par Idriss Deby Itno. Certes, Deby a déjà eu à déroger aux principes conventionnels non écrits en matière de distribution des postes politiques en nommant au gouvernement par le passé ses proches parents, à l’exemple de Moussa Faki comme PM et Abbas Tolli Ministre des Finances, mais de là à nommer son grand frère comme Ministre et son fils Dir/CAB, le tolérable a atteint ses limites et  le népotisme a atteint des proportions inégalées dans la culture politique du Tchad.

 Cette nomination qui fait couler beaucoup d’encre  est l’objet à juste raison d’ailleurs, de diverses supputations ; en effet, elle n’est ni fortuite ni banale et vise en fait plusieurs objectifs :

Le despote prend conscience de plus en plus que sa maladie le maintiendra très prochainement à l’écart de la vie publique, ce dont ses médecins lui auraient soufflé lors de sa dernière escale à Paris et que les officiels lui auraient demandé carrément de passer la main, proposition qu’il a déclinée d’un revers de main. Dans cette perspective, la nomination du grand frère comblera un vide politique, en ce sens que le nouveau venu sera le proconsul auprès du Pm et son souffleur permanent ; en d’autres termes il sera le véritable point de fixation du gouvernement soutenu et conseillé fortement en cela par son cousin direct (eh oui !!) le Ministre des affaires étrangères qui est à son tour encadré par les éminences du groupe GERDES. Dans le même souci de ficeler les rouages de l’Etat avant les vacances prolongées, il y aura probablement des changements très importants au niveau des services de sécurité et de défense où on procèdera aux nominations de tous les bambins de la filiation Deby Itno à des postes de haute de responsabilité. A son tour, cette progéniture responsabilisée sera soumis sous l’encadrement strict du nouveau ministre. Après ce quadrillage juridique et sécuritaire, le despote pourrait prendre sereinement des vacances prolongées pour ses soins.  

                  La 2ème possible explication est que Deby fait un bras d’honneur à tous les bideyats en général et à la branche Mht Itno en particulier. Déjà les bideyats avaient maugréé quand Mr Dillo Adoum était nommé au Gouvernement, pour la simple raison que ce dernier appartient pratiquement à la même famille que Deby, or la sagesse politique voudrait que s’il faudrait nommer un autre bideyat en plus de Moussa Faki ( ce qui n’est pas nécessaire) , on devrait coopter nécessairement un Borogat ou à la limite d’une autre famille Bilia (chigueira, Erdié, Gueni-garkila, Maga . . . . ), au lieu de rectifier le tir le dictateur dans sa mégalomanie enfonce le clou.

Dans sa fuite en avant, le despote signifie aussi par cette promotion de son grand-frère à la branche Mht Itno qu’il coupe définitivement avec elle ; en effet il était question que Deby se rende à Amdjeress pour la fête de Tabaski et fasse le forcing pour se réconcilier avec sa famille paternelle et dans l’euphorie il nommera Sougour Youssouf Mht Itno-actuel ambassadeur en Arabie Saoudite- membre du gouvernement ; la tentative ayant échouée il leur claque la porte définitivement en prenant Daoussa qui n’est pas pour cette rupture comme témoin ! Dans ses extravagances il n’est pas exclu que Deby ré intronise dans les jours qui viennent Timan Deby sultan de Bilia et nomme Mht Kaka Cemga. Où que vous tournerez la tête vous n’entendrez que l’écho souffler le nom de Deby Itno et l’égocentrisme aura atteint le summum, c’est une revanche contre l’histoire.

Dans son cynisme légendaire, par cette nomination le petit frère vise aussi à déconnecter le grand-frère de ses nombreuses affaires qui sont devenues des véritables tentacules immergées échappant pratiquement à son  contrôle. En effet Mr Daoussa Deby qui est plus ou moins en disgrâce, avait pris ses distances de son frère pour monopoliser des secteurs entiers de l’économie du pays : le carburant, le sucre du Soudan, les barres de fer du Nigéria….  Par ces faits, il devient de plus en plus indépendant et risque de quitter le giron réduit des Deby ce dont le despote alerté par ses sœurs, a senti le souffre

-Si la nomination de Daoussa répond aux combinaisons et aux manigances propres aux clans et à la famille, par contre celle d’Abderrahim Brémé Hamid revêt un caractère hautement politique et stratégique et est en rapport direct avec le débauchage de David Houdeingar du Conseil Constitutionnel et du largage de Samir Adam Annour à la Cour Suprême en mission commandée. Passé plus d’une quinzaine d’années dans leur fonction respective, les deux présidents des deux plus hautes juridictions de l’Etat, bien qu’ils soient les produits du système ont acquis une certaine indépendance professionnelle, ce qui agaçait naturellement le despote qui avait commencé à multiplier les subterfuges depuis quelques temps pour les faire remplacer. Imbus de leur compétence professionnelle, de leur personnalité et de leur promiscuité avec le pouvoir, ces  deux-là rechignaient à respecter les instructions de leurs ministres de tutelle (d’abord Djiddo puis Padaré) qu’ils considèrent comme des élèves trop pressés à escalader les échelles. Ils avaient eu tort car le Ministron a usé de toute son obséquiosité auprès de son maître pour avoir leur tête à la fois. C’est un coup de maître que Mr Padaré vient de réaliser.

La nomination de Daoussa en tant que proconsul auprès du PM n’aura son sens que s’il est solidement soutenu par une ossature juridique hautement qualifiée et soumise naturellement aux ordres, tel est le sens stricto sensu du retour en force de Nagoum et de son groupe et le parachutage de Samir Adam Annour à la Cour Constitutionnelle. Il faut rappeler que ce qu’on appelait le groupe de Nagoum était constitué des hauts cadres universitaires pour la plupart du sud, pilotés à l’époque en sous-main par lui à partir de la Présidence en tant que  Dircab/Adjt. Ce sont des grands intellectuels (même physiquement !), professionnellement compétents, ayant un art rhétorique agressif ; ils avaient joué un grand rôle dans la consolidation du système de 1992 jusqu’au 1997 ; ils étaient la caution morale, politique, intellectuelle et juridique du système au grand dam des politiciens du sud. D’ailleurs le pouvoir ne s’est jamais coupé de leur service avec des hauts et des bas. Comme à l’accoutumée, le despote humiliait celui-ci, marginalisait celui-là ou même créait des zizanies entre les parents et enfin hissait un autre au sommet. Au crépuscule de son pouvoir, Deby est obligé de sonner le rappel massif des réservistes pour emploi immédiat. Ce retour en force prélude indéniablement à un verrouillage systématique de toutes les consultations prochaines et au règlement de la succession au cas où… ce qui suppose aussi le tripotage des textes en vigueur pour un habillage juridique destiné à l’opinion internationale. L’Assemblée Nationale étant mise au pas depuis longtemps, le débauchage concomitamment des Présidents (jugés non malléables) de deux chambres ne présage nullement à des bons augures

Evidemment le retour en grâce de Nagoum et de son groupe se fait indéniablement au détriment du Président de l’Assemblée, et manifestement le dictateur a fait son choix. Pendant longtemps Deby s’est amusé à jouer le clan Nagoum contre le clan Kabadi qui est un des caciques du MPS dont il a toujours bénéficié du soutien, or on sait pertinemment qu’aux moments décisifs pour la survie du système, on ne saurait faire recours au MPS, mais les regards se tourneraient immanquablement  vers les forces de sécurité dont les drapages seront amoindris par des gesticulations juridiques des professionnels qui viennent d’arrivée.

       Comme la pudeur n’est pas la tasse à café de Deby ni de ses lieutenants, Nagoum à l’amont, Samir à l’aval  et Daoussa tenant les bouts, il n’est pas exclu ni étonnant que demain, ce groupe par des acrobaties intellectuelles et juridiques dont il a le secret, pousse Le président actuel de l’Assemblée vers la porte du palais chinois,  organise une petite élection partielle  pour faire entrer Zakaria à l’Assemblée, et finalement élire le nouveau élu en qualité du président de l’Assemblée pour succéder à son père !!!    On rappelle qu’une note non encore publiée nommant Zakaria Idris Deby, Secrétaire général adjoint du MPS est sur la table d’IDI depuis deux semaines. 

                  Un autre scenario probable: le groupe choc qui vient de prendre en mains le Gouvernement et les grandes institutions de l’Etat est capable de tous les merveilles, il est capable de tripoter les textes pour créer un poste de Vice Président et le reste coulera comme l’eau du rocher.   

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, remplacer David  Houdeingar par Nagoum Yamassoum  n’est pas comme déshabiller Paul pour Habiller Jean. Malléables et corvéables à la merci du tyran qu’ils soient, ils n’ont ni le même tempérament moins encore les mêmes réactions face aux évènements.

 D. Houdeingar, fils d’un pasteur, protestant pratiquant est toujours à la recherche du juste milieu. Face aux cas d’injustice flagrantes, il cherche des sorties honorables en s’appuyant sur des argumentations juridiques pour mettre sa conscience à l’abri des remords.

 Quant à Nagoum, de confession libre pensée, sous-préfet postcolonial, il est habitué à recevoir des instructions au pied levé et les transmettre à main levée sans états d’âme ; pour les manigances en vue, c’est l’homme qu’il faut !

Dernier enseignement de ce remaniement, la poursuite des débauchages des cadres évoluant par leur capacité intrinsèque dans le secteur privé ou dans des organismes internationaux. On ne cessera de le dire et de le répéter que Deby est un homme méchant et rancunier ; plus il vieillit en âge, plus il s’éternise au pouvoir, plus il devient pugnace en rancœur ne tolérant aucune démarche individuelle.

Mariam Mht Nour qui avait pris ses distances avec le système en se faisant recruter par le FAO, vient de faire les frais de sa notoriété pomponnée par les journaux mauritaniens il y a de cela 3 mois à l’occasion d’une fête de la FAO à Nouakchott. Les différents commentaires élogieux des journaux mauritaniens sur la personnalité de Mariam ont été repris largement sur les réseaux sociaux avec photos à l’appui ; on y voyait en effet une Mariam majestueuse et élégante au milieu des mauritaniennes aussi élégantes qu’elle. Cela a suffi  pour que le tyran se rappelle que Mariam est entrain de bien vivre sans lui.

                  Cadre  compétent et travailleur, Mr Orozi Fodeibou est une vieille figure du dossier pétrole au Tchad. Certes compètent, et fin négociateur mais surtout  manœuvrier hors pair. Il a su louvoyer entre Trinity, Cliveden, Encana, les chinois, etc., pour tirer son épingle du jeu en se constituant une petite cagnotte qui n’a rien à envier à celle d’un Daoussa Deby ou d’un Adoum Younousmi, et cela souvent avec la bienveillance d’IDI qui reçoit en retour quelques retombées de ces nombreuses spéculations des permis pétroliers. Son rappel au cabinent signifie qu’IDI veut désormais s’accaparer personnellement le dossier pétrole, éparpillé entre les mains des différents groupes des prédateurs complètement amateurs en matières des négociations des différents aspects du dossier pétrole (les camerounais se seraient plaints du manque d’un interlocuteur compètent dans les négociations sur la révision des tarifs de transport). S’accaparer du dossier, mais aussi  mettre de l’ordre de tous les aspects du dossier : négociations, octroi des permis, vente de la part du Tchad. Dans ces domaines précis, IDI ne peut pas trouver mieux qu’Orozi.

                  Bouyebri I.D. (N’Djamena)

Web Analytics